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Vous rêvez de voyages et d’aventures et tout comme moi, vous avez hérité de ce gène supplémentaire :  la phobie de ces «boîtes à sardines volantes».  On a beau nous casser les oreilles et tenter de nous faire croire que c’est le moyen le plus sécuritaire, rien à faire, nous ne les croyons carrément pas.

La peur étant notre  force principale, nous  imaginons toujours le pire des scénarios.  Nous essayons de nous montrer adultes, mais nous nous retrouvons comme des nouveaux-nés, nous nous sentons petits face à ces monstres.

Comme des milliers d’autres personnes, nous voulons tenter notre chance.  Après s’être motivé pendant plusieurs semaines voire des années, choisir sa destination devient une période exaltante.  Pour nous aider à mieux tomber dans leur piège, on nous propose avec preuve à l’appui, de splendides couchers de soleil exotiques, des plages au sable si fin, de l’eau à la couleur que l’on ne croyait même pas existante, des palmiers et des cocotiers à vous faire pâmer et vlan… nous voilà les heureux propriétaires d’une formule tout inclus.

Après l’exaltation, c’est la désolation.  Nous réalisons soudainement que l’on ne peut s’y rendre qu’en avion; ramer nous prendrait trop de temps… Commence alors pour nous une longue période d’angoisse qui s’éternisera jusqu’à notre départ.  Nous cherchons désormais différentes façons de ne plus penser à notre gaffe.  Oublions les nouvelles télévisées, cela peut s’avérer fort utile.  Commence aussi le marathon des magasins.  Entre les crèmes solaires qui existent pour chaque partie de notre corps, la douzaine de maillots que l’on croit pouvoir utiliser pour une semaine de vacances, les séances de bronzage pour nous faire un bon fond et bien d’autres choses à ne pas oublier, il ne nous reste plus grand temps pour songer à notre vol plané.

Le temps est enfin arrivé de préparer nos valises.  Au début, nous les trouvons trop grandes mais à la fin, elles ne ferment même plus; donc on sacrifiera quelques morceaux pour s’assurer que l’avion puisse bien décoller tout en espérant que les autres passagers auront la brillante idée de faire comme nous.

Le grand jour est malheureusement arrivé.  Levés souvent avant les poules, nous ne sommes plus que l’ombre de nous-mêmes.  Au dernier vestige réservé aux fumeurs (hélas, de moins en moins nombreux), nous grillons cigarettes sur cigarettes en se rongeant les ongles jusqu’aux coudes.  Soudainement par réflexe de survie, nous voilà en train de délirer sur la fiabilité de l’appareil.  Y aura-t-il assez de carburant pour se rendre à destination?  Les moteurs vont-ils rester accrochés aux ailes?  Le train d’atterrissage va-t-il s’ouvrir au bon moment?  Survivra-t-on à ces fameuses turbulences?  Parmi les passagers, y a-t-il des terroristes?  Comme par magie, tant de films nous reviennent en mémoire.  La paranoïa nous guette.  Nous venons d’atteindre les limites de la folie quand soudainement une voix mielleuse nous annonce que notre heure vient de sonner.  Le moment tant redouté est arrivé, l’embarquement et bien sûr le départ qui suivra assurément… Plus question de reculer.  En guise d’encouragement, les agents de bord nous accueillent avec leur plus beau sourire, il ne nous manquerait plus que la p’tite tape sur l’épaule.  Nous sommes au bord de l’évanouissement, mais qu’à cela ne tienne, nous tenons bon, on se montre courageux.  Après de multiples contorsions dignes des acrobates du Cirque du Soleil, nous bouclons aussitôt nos ceintures très, très, très fort en se disant que plus vite on partira plus vite on reviendra.

Nous essayons tant bien que mal de nous acclimater à notre nouvel environnement.  Nous tentons de relaxer, nous regardons partout quand soudainement une vision d’horreur apparaît.  En personne chanceuse que nous sommes, nous avons hérité de la pire place que l’on puisse avoir : nous sommes assis vis-à-vis des ailes.  La panique s’installe pour de bon en nous…!

Nous décollons lentement et de plus en plus vite.  Notre rythme cardiaque accélère à la même vitesse que l’avion.  Notre voisin de siège nous dévisage, nous lui répondons par un sourire niaiseux; faut dire que l’on doit avoir l’air bizarre.  Après quelques temps, nous respirons à peu près normalement tout en guettant du coin de l’œil les ailes et les moteurs, comme si nous pouvions faire quelque chose en cas de bris.  En bon pessimiste que nous sommes, on se dit que c’est le calme avant la tempête mais la tempête ne se produit pas ; seulement les guignols qui nous expliquent les mesures d’urgence au cas où!  Je crois sincèrement qu’ils font tout pour nous rassurer.

Vient ensuite le merveilleux temps du repas.  C’est d’ailleurs le seul moment durant notre incarcération ou nous oublions un peu l’endroit où nous sommes.  En effet, le temps que l’on prend à essayer de placer notre plateau de nourriture sur une surface de quelques pouces carrés, à trouver une façon intelligente de ranger nos «p’tits» couvercles sans tout foutre par terre, à découvrir la méthode par excellence et l’art de découper notre viande sans enfoncer notre coude dans les côtes de notre fameux voisin, nous sommes tellement absorbés par ces tâches épouvantables, que l’on ne pense plus à notre prison.

Bientôt, l’atterrissage.  Naturellement, tout se passe bien malgré nos frayeurs.  Nous nous disons :  quelle chance on a eu!  On se croirait presque  miraculés.  Après plusieurs heures de tourments, nous avons enfin droit à notre récompense : à nous le beau G.O.(Gentil Organisateur), le soleil radieux, la plage et son fameux sable fin en se disant que «dans l’fond, c’était pas si pire que ça».

Mais nous savons aussi que notre joie sera de très courte durée, car il nous faudra bien revenir et reviendront alors nos plus sombres pensées…

D’une aérophobinomane

Hélène Roussel

 

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